Au cours de mes différentes recherches sur le fonctionnement du cerveau et sur les profils spéciaux, je suis de plus en plus atterrée par le regard que certains spécialistes, neurologues entre autres, portent sur leurs observations par imagerie et surtout par leurs conclusions. Nulle place à la différence pour eux, rien que des anomalies ! Leur maître mot : ‘’stratégie anormale’’, ‘’activité anormale’’, ‘’mauvaise migration’’, ‘’mal connectées’’.

Dans Les Neurones de la lecture de Stanislas Dehaene, on peut lire page 326 : « Dans un second temps, après 200 millisecondes, alors que les lecteurs normaux activent rapidement les régions latérales du cortex temporal gauche, chez les dyslexiques, l’activité apparaît faible à gauche, mais beaucoup plus intense dans la région temporo-pariétale droite (observation). On peut penser (à partir de là : interprétation) que cela traduit l’absence d’accès rapide à la phonologie des mots, ainsi peut-être qu’une stratégie anormale de compensation par l’hémisphère droit. En résumé, l’activité fonctionnelle du cerveau des dyslexiques n’est pas normale : plusieurs régions clés ne sont pas suffisamment activées, au niveau à la fois de l’analyse visuelle et de celui du traitement phonologique. Mais d’où proviennent ces anomalies ? L’observation d’activations cérébrales anormales ne fait naturellement que poser avec plus d’acuité la question des causes de la dyslexie. Pourquoi les régions temporales gauches ne s’activent-elles pas suffisamment ? Sont-elles lésées ? Mal connectées ? » Stanislas Dehaene émet une suggestion : une mauvaise migration des neurones au cours de la grossesse…

Je ne pense pas qu’Albert Einstein, Thomas Edison, Henri Ford ou Léonard de Vinci se satisfassent de ces conclusions. Einstein n’a peut-être parlé qu’à 5 ans mais tous avaient des capacités vraiment pas banales. Il est vrai que face à des incompréhensions observées, toutes théories, aussi farfelues soient-elles, sont tentantes !

Et si la moindre activité du cortex temporal gauche et la plus grande activité de la région temporo-pariétale droite étaient dues à la pensée en images, pensée naturellement exacerbée chez les dyslexiques leur permettant de voir en 3D et de se voir acteurs dans leur propre film ? En effet, pour élaborer la théorie de la relativité, Albert Einstein utilisa au maximum ses capacités à déplacer son imagination en se demandant ce qui se passerait s'il voyageait au bout d'un rayon lumineux. Il a d’abord compris avec son imagination avant de traduire ce qu’il avait compris en mots et équations. Thomas Edison témoigne : « Mon père me disait stupide, et j'ai presque décidé que je devais être un cancre ». Son instituteur affirmait : « Il alterne entre voyager par l'imaginaire vers des mondes lointains et mettre son corps en mouvement perpétuel sur son siège ». Henri Ford a eu beaucoup de difficulté avec la lecture tout en étant très doué pour effectuer des réparations de toutes sortes. C'est grâce à l’imagination qu’il a pu inventer les premières chaînes de fabrication de voiture. Quant à Léonard de Vinci, il était gaucher et écrivait aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche avec une écriture phonétique. Certains de ses écrits se lisent dans un miroir. Il avait beaucoup de difficultés avec les mots irréguliers et faisait des erreurs en recopiant des textes mais il a utilisé son imagination pour inventer des véhicules et appareils plusieurs siècles avant leur fabrication.

Le neurologue Michel Habib[1] a découvert également par imagerie que l’aire visuelle de reconnaissance des mots s’active chez les lecteurs ‘’normaux’’ mais pas chez les dyslexiques (observation). Il espère prouver d’ici quelques années que cette perturbation cérébrale est prénatale et non due à la conséquence d’un mauvais apprentissage (hypothèse actuellement). Il devrait bien s’entendre avec Stanislas Dehaene !

Pourtant, ce même neurologue Michel Habib a mis en évidence quelques différences fonctionnelles et morphologiques du cerveau de la personne à ‘’haut potentiel’’ ou zèbre[2] :

  • l’électroencéphalogramme montre une plus grande relation entre les différentes zones du cerveau chez les HP ;
  • l’imagerie fonctionnelle cérébrale (IRM fonctionnel) montre une plus nette accentuation du fonctionnement de certaines zones du cerveau, principalement les zones frontales et les zones pariétales, et de manière bilatérale chez le HP;
  • l’IRM morphologique montre que la substance blanche (qui entoure le cerveau et est faite de fibres qui sont des connexions entre les zones du cortex) a une plus riche connectivité entre les différentes zones du cerveau, tout particulièrement dans la partie qui unit les zones frontales aux zones pariétales chez le HP. C’est donc une différence morphologique.

Toutes ces différences sont constitutionnelles et sont présentes dès la naissance. Le professeur Michel Habib explique également que l’électroencéphalogramme (qui mesure l’activité électrique du cerveau) montre également aujourd’hui[3] une différence entre les enfants HP : certains HP ont un fonctionnement homogène entre les deux hémisphères, d’autres ont un fonctionnement hétérogène entre les deux hémisphères et feraient d’avantage appel à l’hémisphère droit. Michel Habib affirme que ce sont ces derniers qui sont portés à avoir des difficultés d’apprentissage et à devenir dyslexiques, dysphasiques… Ce constat est très important car il montre bien que les vrais dys sont également surdoués et ce constat explique la plus grande activation du cerveau droit.

Alors ? Les enfants dyslexiques seraient surdoués AVEC un fonctionnement anormal ? Hum...

Quant à Béatrice Sauvageot, orthophoniste formée aux neu-rosciences, elle a découvert que les dyslexiques n’utilisent pas les mêmes zones du cerveau pour déchiffrer car ses bilexiques, comme elle aime à les appeler, déchiffrent les lettres comme un musicien déchiffre une partition !

Eh oui, nulle anormalité/déficience, c’est bien un mode de fonctionnement différent qui doit être appréhendé différemment !

Catherine Chemin



[1]

[2] Terme de Jeanne Siaud-Facchin

[3] Expérience réalisée par le docteur Marie-Noëlle Magnier au CHU Pasteur à Nice