Pour clore la série ‘’Eduquer avec Maria Montessori’’ dans le Carnet Sans Notes, je ne parlerai pas de la même manière des 18-24 ans car Maria Montessori en parle dans certains de ses livres mais plutôt brièvement. Elle a surtout imaginé vers la fin de sa vie une école pour les plus grands qu’elle n’a jamais pu mettre en place.

J’aborderai donc, avec le recul des années, le problème soulevé par Maria Montessori qui consiste pour cette tranche d’âge à se préparer à s’engager dans la vie sociale, à éveiller sa conscience morale. Pour y parvenir, il est nécessaire d’avoir de multiples responsabilités. En effet, après avoir découvert entre 12 et 18 ans sa personnalité et la vie sociale, l’enfant a besoin de découvrir le sens de sa responsabilité, de faire des choix, de s’engager dans la société, il a besoin d’y trouver sa place. Donc, après avoir permis à l’enfant de découvrir comment fonctionne la société, il devrait pouvoir y vivre, s’y engager tout en continuant à se former si besoin. Peut-être Maria Montessori aurait-elle apprécié les formations alternées…

Nous avons déjà vu que, pour Maria Montessori, il est inconcevable de laisser des personnes, qui seraient déjà des hommes et des femmes dans d’autres sociétés, dans une attitude de passivité comme l’impose l’école. L’enfant n’apprend pas à travailler pour lui-même, il est soumis à un rythme qui ne lui convient pas. Il est condamné à écouter des cours qui ne restent pour la plupart que théoriques, alors qu’il a besoin de réaliser, de créer afin de fortifier sa confiance en lui, de développer sa personnalité encore plus que de se cultiver. Pour Maria Montessori, après la transformation physique, le jeune adulte devrait être traité en adulte, et non comme un enfant. Il devrait avoir des responsabilités de façon à pouvoir grandir et accéder à son autonomie. Or, comme nous le dit René Rémond dans la préface de l’Histoire de l’enseignement et de l’éducation Tome 1 de Michel Rouche « Ce n’est pas le moindre des paradoxes de l’enseignement qu’il vise à former des personnalités autonomes par l’absence de responsabilité : cette contradiction entre son propos et sa méthode, qui éclate de nos jours avec force parce que notre temps est traversé par une aspiration incoercible à l’autonomie des personnes et que l’individu rejette les normes qui lui sont imposées, n’est pas un élément mineur dans la crise qui éprouve aujourd’hui l’ensemble de l’institution enseignante ». L’histoire nous montre que la plupart des personnes passaient du stade d’enfant au stade adulte sans guère de transition. Elle met aussi en évidence que plus le temps de la scolarité s’est allongé, moins les enfants ont eu de responsabilités et moins ils ont eu de responsabilités, plus ils sont devenus adultes tard. Ce temps a fait place à une nouvelle période intermédiaire : l’adolescence. Maria Montessori avait bien compris, déjà à son époque, l’enjeu d’un tel changement. C’est pourquoi elle préconisait de privilégier la formation de la volonté et du jugement par rapport au savoir, alors que la société actuelle, sans réussir à instruire tous les enfants, entretient l’immaturité.

Souvenez-vous, dans le dernier CSN nous avons déjà vu que pour M.M. l’enfant devait s’habituer à utiliser des machines, sans tomber sous sa dépendance. L’homme doit dominer la machine et le matérialisme doit élever l’homme et créer une moralité toujours plus haute. Que se passe-t-il depuis quelques décennies ? Les adolescents sont les proies privilégiées de la surconsommation afin qu’ils soient toujours à la pointe du progrès. Ils ont tous un téléphone portable… Mais à quoi sert-il ? A échanger avec des copains qu’ils ont vus dans la journée. Ils ont accès à Internet ? Egalement pour échanger avec les copains déjà vus dans la journée. Je rappelle que le temps passé devant un écran, quel qu’il soit, est le double du temps passé à l’école. Les ados sont devenus esclaves de ces technologies. Ils ne peuvent plus s’en passer. Ils sont capables de se retrouver en groupe, chacun pianotant sur son portable. Ces pseudo outils de communication sont devenus prétextes d’enfermement. Ce n’est qu’un exemple… On peut aussi être esclave des jeux vidéos, de la mode vestimentaire… Bref, nous sommes loin de répondre aux exigences de responsabilités qui permettent aux enfants de devenir adultes et encore plus loin d’élever leur conscience et leur moralité.

De plus, toutes les années passées à étudier et courir après des diplômes ne sont pas des gages d’épanouissement et d’insertion dans la société. Beaucoup de famille focalisent sur les grandes études qu’elles pensent incontournables pour cette insertion, et l’on voit beaucoup de jeunes qui, après X années d’études, se tournent vers une formation de métier de bien moindre notoriété, mais qui les épanouit. Quel dommage de mettre les désirs des jeunes de côté alors que certains savent ce qu’ils veulent faire dès 14 ans ! C’est peut-être aussi comme cela qu’il faudrait laisser les jeunes se responsabiliser.

Cependant, certains « ados » prennent leur avenir en main avec des idées en tête et des responsabilités dans le sac à dos. C’est le cas, entre autres, de Alex et Brett Harris qui défendent dans leur livre Génération Challenge1l’idée que les adolescents ont besoin de relever des challenges, une façon de se rebeller contre les faibles attentes de notre société et le gaspillage de belles années. Pour eux, chacun a une zone de confort (liée à la timidité par exemple), hors de laquelle il n’ose s’aventurer. Oser se lancer dans la réalisation d’un challenge aide à dépasser cette zone de confort, à se dépasser soi-même et donc à grandir. Ils affirment vouloir s’opposer activement aux mensonges destinés à limiter leur potentiel et témoignent de leurs challenges et de ceux de quelques amis (mission humanitaire, organisation de campagne électorale…). Ils rappellent aussi la vie de certains jeunes adultes de 11 à 17 ans d’il y a un siècle qui menaient une vie inimaginable aujourd’hui que se soit en termes de compétences ou de responsabilités.

Alors… comment allons-nous préparer nos enfants à la vie sociale ? En leur offrant des responsabilités ou un portable ?