La plupart des familles qui déscolarisent aujourd’hui le font car leur enfant est en souffrance à l’école : il n’arrive pas à s’adapter, il ne rentre pas dans le moule… Le dialogue avec les enseignants n’est pas toujours facile car il n’est pas évident de se remettre en question. Pourquoi ce que je fais marche avec la plupart des enfants mais ne marche pas avec celui-là ? C’est qu’il a forcément un problème ! Que ce soit par les enseignants ou par les médecins, les parents sont souvent accusés de tous les maux de leur enfant, comme du temps où Bruno Bettelheim était convaincu que l’autisme était la conséquence du comportement de la mère notamment. Manque d’affection, affection envahissante… dès que l’enfant ne ressemble pas à la normalité, il doit y avoir un problème.

Au cours de mes années d’expériences d’IEF et à travers toutes mes recherches sur les profils spéciaux, j’ai pu me rendre compte que, très souvent, la mère se rendait compte des particularités de son enfant non seulement avant son entourage mais même avant les médecins ou certains spécialistes qui concluent trop facilement : « ne vous inquiétez pas, laissez-lui le temps, laissez-le faire ses expériences, ne soyez pas pressée, vous le couvez trop… ».

La mère vit au quotidien avec son enfant, elle passe du temps avec lui, à le regarder vivre, à l’observer. Elle est la plus à même de percevoir, au-delà des apparences quelles qu’elles soient, ce que son enfant ressent, comment il perçoit son environnement. La mère qui sait se fier à son intuition est vraiment capable de grandes choses pour son enfant. Il y a des exemples célèbres comme celui de Temple Grandin1, condamnée à l’âge de 4 ans par un médecin qui l’avait diagnostiquée comme ayant des lésions cérébrales, affirmait qu’elle ne parlerait probablement jamais et qui conseillait à sa mère de la placer en institution. Nous savons là où ce genre de placement mène… Sa mère a pris en charge sa fille Temple. Il s’est avéré qu’elle est une autiste de haut niveau qui pense essentiellement en images ! Sa pensée en images a été identifiée par un professeur du lycée qui a su tenir compte de cette particularité et adapter ses exigences. Elle a obtenu un doctorat en sciences animales et est spécialiste de renommée internationale en zootechnie. Plus de la moitié du cheptel des Etats-Unis est élevé selon ses principes. S’il est vrai que l’on peut considérer que c’est un cas particulier - ce qui fait sa célébrité -, sans la volonté de sa mère d’essayer d’offrir à sa fille une vie digne de ce nom, Temple Grandin aurait été internée à l’âge de 4 ans ! Grâce au combat quotidien de sa mère, sa détermination, sa confiance et son espérance, Temple Grandin a pu développer sa réelle personnalité et la mettre au service de l’humanité.

Il est clair que pour une mère, ce n’est pas un parcours ordinaire et socialement correct aujourd’hui que de décider de consacrer son temps à s’occuper de son enfant et de l’aider à se construire, bien au-delà de l’instruction. Cette dernière peut servir de prétexte afin de pouvoir s’occuper pleinement de son enfant mais il s’agit bien de la personnalité de son enfant dans sa globalité qui est en jeu ! Si l’enfant n’arrive pas à s’adapter à l’école, c’est que l’enfant n’est pas fait pour l’école, surtout celle d’aujourd’hui. En effet, l’école actuelle, qui privilégie largement la théorie en abandonnant toute pratique concrète comme la manipulation, convient de moins en moins à tous les types de fonctionnement où, la remise en cause n’étant pas de mise, la moindre difficulté suppose un dysfonctionnement, voire un handicap. Les neuro-typiques s’adaptent tant bien que mal dans ce cadre mais ceux qui sortent de la norme, non. Ou alors, c’est par la force, en sacrifiant partiellement ou totalement leur identité. Car ces enfants différents de la masse ressentent qu’on les considère comme anormaux et s’épuisent à ressembler au plus grand nombre au détriment de leur réelle personnalité trop souvent accompagnée d’une forte sensibilité. C’est l’ouverture à la phobie scolaire, à la dépression, à la mésestime de soi… Certains tentent même de se suicider… Au pays des droits de l’Homme, la différence n’est pas tolérée. Confondrions-nous ‘’tous égaux’’ et ‘’tous pareils’’ ? Toute différence est gênante et, plutôt que de remettre le système en cause, devient un handicap.

Penser différemment, fonctionner différemment, être différent, c’est voir le monde différemment, c’est réagir différemment à son environnement et c’est une richesse pour l’humanité. Vouloir imposer une normalité à tous, c’est refuser la richesse de la diversité, nécessaire à l’humanité. Pour Anneclaire Damaggio2, jeune autiste Asperger « la normalité n’est pas le summum de ce qui peut s’atteindre »… Son objectif est de devenir humainement belle ! « Tout le reste doit s’ordonnancer autour puisque la première décision vient du cœur et l’intelligence dont nous sommes tous dépositaires doit faire ce que notre cœur décide ». Nous sommes loin de l’attrait du pouvoir et de l’argent…

Pour les zèbres qui ont le bonheur de grandir sans être passés par l’école, développer sa propre identité est plus simple. Ils ont toujours des occasions de constater qu’ils ne sont pas comme tout le monde mais ils ont la joie de rencontrer d’autres zèbres via l’IEF, ce qui les rassure sur leurs spécificités. Dans tous les cas, le débat demeure : devons-nous expliquer leurs différences à nos enfants ? Devons-nous poser un diagnostic, des étiquettes ? Devons-nous ne rien faire ? Une étiquette est forcément réductrice… Les zèbres ont la particularité d’avoir une pensée en arborescence, forme de pensée qui engendre des caractéristiques identitaires particulières. Mais, selon la dominante du cerveau et selon la plus ou moins grande dominance de la pensée en images, ces caractéristiques sont présentes selon un dosage bien différent. Peuvent également se cumuler des particularités comme le TDA avec ou sans hyperactivité, les TED, le syndrome d’Asperger… Il y a beaucoup de signes communs mais les frontières ne sont pas nettes. Cela fait que chaque zèbre est unique. Mais quel soulagement de comprendre comment on fonctionne ! Cela aide vraiment à être soi-même. La plus grande difficulté pour moi va résider dans le fait d’amener mon enfant à se dépasser à certains moments tout en respectant son fonctionnement de manière à ne pas altérer sa réelle personnalité et qu’il grandisse en étant heureux d’être différent !

Alors je le redis, si votre enfant souffre à l’école, n’ayez pas peur ! Vous, parents, êtes les premiers éducateurs de vos enfants. Ne gâchez pas leur potentiel, osez la confiance en vous et en votre enfant.