Nous avons certainement tous pu observer déjà à quel point nos enfants peuvent être performants lorsqu’ils sont motivés. La motivation est un moteur qui peut, non pas consommer, mais engendrer une énergie incroyable à l’inverse de la tâche pesante qui, elle, va consommer beaucoup d’énergie. C’est comme le cerveau qui s’use lorsqu’on ne s’en sert pas et qui devient de plus en plus performant lorsu'on le fait travailler plus.

D’après André Stern, musicien, luthier, journaliste, auteur…, l’enfant apprend en jouant, le jeu est le meilleur moyen d’apprendre ; les recherches en neurosciences actuelles tendraient à confirmer d’ailleurs que le cerveau est naturellement fait pour apprendre et que le jeu est le meilleur moyen pour y parvenir. Il explique que certains pensent que l’enfant est paresseux, sournois, tricheur de nature et qu’il faut le remettre dans le droit chemin, le forcer à apprendre, à se structurer sinon il ne ferait rien, il n’apprendrait rien. André Stern pense que c’est lorsque l’on interrompt l’enfant dans son jeu, qu’on lui fait perdre son rythme [1], sa disposition spontanée qu’il devient fainéant… Il faudrait encore expliquer ce que jeu signifie ici. André Stern ne définit pas le jeu mais il semble, d’après l’ensemble de ses propos, que le jeu est quelque chose qui est fait avec enthousiasme. Donc, si un travail comme apprendre une langue est fait avec enthousiasme, pour lui, cela est un jeu. Il ne fait pas de clivages entre le travail, les loisirs, la vie, la famille. André Stern considère que la base est l’enthousiasme qui engendre la compétence qui engendre la réussite. Pour lui, il faut choisir une activité et travailler encore et encore pour devenir expert.

Je suis convaincue que l’observation de l’enfant de la part des parents et leur volonté de lui proposer une ambiance et des éléments adéquats contribuent très largement au développement de leurs passions. Je suis persuadée que mettre en avant les aspirations de l’enfant pour qu’elles deviennent des passions est primordial et qu’il faut être attentif aux besoins de l’enfant par rapport à ses aspirations et passions. Cette attention peut être uniquement pour fournir un cadre, de la matière première, les capacités d’une tierce personne… Il me semble que quelque chose de primordial pour cette réussite est la confiance des parents en leur enfant, une confiance dans une relation d’amour inconditionnelle. J’ai déjà parlé de la confiance en soi qui pour Bernadette Lemoine ne veut rien dire car la confiance ne peut s’établir qu’entre deux personnes mais pas vis-à-vis de soi-même. Le pré-requis est, pour moi, la confiance mutuelle avec son enfant.

André Stern est persuadé que n’importe quel enfant pourrait réussir avec une éducation comme celle qu’il a reçue. Il semble qu’André Stern a eu seul la volonté de toujours persévérer d’avantage dans ses passions grâce à son unique enthousiasme mais, je me demande si l’enthousiasme de l’enfant suffit pour qu’il ait la volonté de toujours travailler encore et encore pour devenir expert comme le dit André Stern. Je pense que tous les caractères ne se ressemblent pas dans cette volonté de vouloir s’améliorer toujours et encore, mais je me trompe peut-être.

D’autre part, ce qu’a vécu André Stern fait rêver mais n’est pas forcément si simple à mettre en place. Cela demande des dispositions particulières que notre vécu, notre histoire, ne nous ont peut-être pas permis de mettre en place pour la naissance de notre enfant. Certains d’entre nous ont enlevé leurs enfants de l’école qui ne respecte pas leurs motivations, d’autres ont découvert des méthodes et des exemples de vie alors que leur enfant était déjà là et peut-être même déjà grand, d’autres encore ont fait face au profil particulier de leur enfant, tous plus ou moins se confrontent à l’entourage, … autant de situations compliquées qui font que les enfants ne sont pas dans un enthousiasme spontané. Pourtant, l’enfant a besoin de développer ses points forts pour s’épanouir. Est-il trop tard ? Non, il n’est jamais trop tard. Nous pouvons toujours repérer les points forts de l’enfant, l’encourager, lui permettre de s’y épanouir et le stimuler avec bienveillance.

Yannick Bonnet [2] témoigne, au cours d’une conférence, de sa rencontre, à l’école de chimie de Lyon, avec les parents d’un élève qui se faisaient du souci car leur fils avait de mauvaises notes en français et en maths, ce qui désespérait le papa qui était un ingénieur sorti de Centrale. Yannick Bonnet leur demande d’apporter ses six derniers bulletins qu’il regarde après les avoir écoutés. Il constate tout de suite que l’enfant a trois notes toujours au-dessus de la moyenne : l’anglais, l’allemand et l’économie (entre 11 et 13). Yannick Bonnet annonce, à la grande surprise du père, qu’il ne se fait aucun souci pour son gamin. A l’époque, c’était 5 années avant le marché commun intégral qui nécessiterait des personnes trilingues et bonnes en économie. Il propose au père d’adopter un autre comportement avec son fils : ne plus focaliser sur le français et les maths, lui demander d’avoir au moins 15 en langues et en économie, lui acheter de temps en temps pour l’aider une revue d’économie en anglais ou en allemand, lui demander parfois de lui traduire un article ; tout cela va contribuer à améliorer les relations entre le père et le fils qui aura envie de faire plaisir à son père face à son intérêt pour ses passions ; le fils va devenir plus exigeant avec lui-même et il va acquérir de la rigueur ce qui va contribuer à améliorer les autres matières. Le père, enthousiasmé par cette proposition, adopte cette méthode et, face à la considération du père pour les motivations de son fils, celui-ci améliore largement ses notes (dans toutes les matières) surtout qu’une relation de confiance s’établit entre eux. A partir du moment où le père adopte cette méthode, il fait confiance aux capacités de son enfant en oubliant ce qu’il aurait voulu que son fils fasse, et le fils a confiance en son père en tant qu’éducateur car ce dernier s’intéresse à ce qu’est réellement son fils. Ainsi, les parents peuvent poser des exigences adaptées en fonction de l’âge et des capacités de leur enfant pour l’aider à se dépasser et à donner le meilleur de lui-même. De surcroît, Yannick Bonnet est favorable à ce que l’enfant soit orienté en fonction de son point fort, quel qu’il soit.

Aimons nos enfants tels qu’ils sont et non pas tels que nous aimerions qu’ils soient, ayons confiance en eux tout en les invitant avec bienveillance à se dépasser si c’est nécessaire.

[1] Maria Montessori avait fait le même constat et avait observé que les enfants devenaient concentrés, attentifs aux autres après avoir pu se centrer sur une activité autant de temps qu’ils en avaient eu besoin.

[2] Ancien industriel dans la chimie, ancien directeur d’usine et ancien directeur de l’école de chimie de Lyon