Le rapport de l’institut Montaigne d’avril 2010 fait état d’une école primaire d’où sortent chaque année toujours plus d’enfants en difficulté. Il confirme ce que le rapport du Haut Conseil de l’Education avait déjà pointé en 2007, c'est-à-dire : chaque année, sur 800 000 élèves d’une classe d’âge, près de 20 % quittent l’école sans aucune formation scolaire, soit 150 000 élèves ! Alors que nous manquons de cerveaux pour gérer, créer, innover, soit environ 100 000 diplômés par an qui font défaut à la France ; quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul ; plus de 100 000 n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines ; 40 % ne possèdent pas les acquis censés être maîtrisés à la fin de l’école primaire. Plus grave encore, il affirme que le système détecte tôt la grande difficulté des élèves (dès l’entrée au CP) et l’accentue au fil de leur parcours ! De même que l’école aggrave l’inégalité des chances. La proportion d’élèves en retard à l’entrée en sixième se situe bien au-delà de la moyenne pour les enfants d’employés, d’ouvriers et d’inactifs. Les enquêtes internationales montrent que là où certains pays permettent à 15 % d’une classe d’âge d’accéder au meilleur niveau scolaire, la France se contente d’y conduire à peine 5 % de ses élèves. Nous sommes perdants sur tous les tableaux. L’opinion publique n’est pas consciente de tout cela ! Ce rapport pose la question : « Quand comprendrons-nous que l’acquisition des fondamentaux qui déterminent l’avenir des jeunes se joue dès les premières années de l’éducation primaire* ? »

Ce rapport met en évidence que le problème de l’école n’est pas financier, puisque la dépense par élève pour l’école maternelle et l’école élémentaire a doublé depuis 1975 ! Aujourd’hui, le budget du Ministère de l’Éducation nationale constitue le premier poste de dépenses de l’État : 21 % de celles-ci en 2010. Ce rapport conclut qu’il est temps d’affronter les causes réelles et profondes qui petit à petit minent notre école et l’empêchent de jouer son rôle d’intégrateur social*.

Ce rapport accuse l’école de la République d’être organisée en fonction des besoins et du rythme des adultes, de facteurs et d’intérêts sociaux, économiques, politiques, mais pas de ceux des enfants. L’année scolaire est la plus courte d’Europe (140 jours utiles), avec un volume horaire annuel et des programmes scolaires des plus importants.

En outre, il pointe du doigt le redoublement inutile, l’inefficacité évidente de l’aide personnalisée, l’inévitable plus grande place donnée à la formation de citoyen plutôt qu’à l’enseignement, la féminisation du métier d’enseignant, le manque de formation à la spécificité de la petite enfance pour la maternelle, le non respect de la formation continue obligatoire des enseignants…

Les termes utilisés ci-dessus sont repris du rapport en question. J’attire votre attention sur les expressions suivies d’un* qui reflète bien le but inavoué de l’Education Nationale : éduquer nos enfants avec comme objectif ultime de les intégrer socialement ! Donc, pas forcément de les instruire... ce qui peut-être fait à la maison, mais pas l’intégration sociale…évidemment !

Si les chiffres de ce rapport sont des plus intéressants, il est profondément décevant et même scandaleux de constater que les pédagogies mêmes ne sont jamais remises en cause ! Donc, le réel problème est éludé... Que nous apporte donc cette enquête de près d’un an ? Eh bien, cela est dit dans le rapport : « qu’il est temps d’affronter les causes réelles et profondes… ». Comme dirait Coluche, ne rigolez pas ! C’est avec votre pognon !