Lecture en couleur de Caleb Gattegno

Caleb Gattegno, contemporain de Cuisenaire, a fait plusieurs découvertes sur l’acquisition de la lecture courant du siècle dernier, lors d’une mission en Éthiopie pour l’Unesco. Il était alors chargé de la préparation des manuels scolaires en tant qu’expert et ainsi amené à apprendre l’amharique, langue officielle et relativement facile à lire car en grande partie phonétique. Il apprend donc à, sa grande surprise les 231 syllabes et les 20 diphtongues en 2 jours. Cependant, bien qu’il sache comment dire les signes, il ne peut les comprendre. C’est ainsi qu’il réalise que les Éthiopiens eux-mêmes auraient certainement beaucoup plus de facilité que lui dans cet apprentissage, puisque possédant déjà le sens de ce sons. Il confirma son hypothèse avec la population qui l’entourait et c’est ainsi que certains apprirent à lire en 6 heures.

Il comprend ainsi que l’enfant sachant parler démontre qu’il possède un certain nombre de structures mentales. Il est déjà capable de donner du sens à des choses très subtiles, de faire abstraction de beaucoup de choses inutiles. L’exercice qu’on va lui proposer devra être en rapport avec son acquis linguistique mais aussi avec ses aptitudes mentales. D’où la nécessité de subordonner ce qu’il va acquérir à ce qu’il sait déjà. En apportant le langage parlé avec lui, l’enfant montre qu’il a déjà effectué 90 % du travail.

Par la suite, lors de la transmission de ce savoir lire, il s’est rendu compte qu’il faisait des erreurs dans sa façon de présenter sa méthode. Un lecteur averti comprend immédiatement même un terme ambigu qui porte à confusion alors qu’un non lecteur a besoin de termes précis et sans ambiguïté. Bref, ses erreurs l’amenèrent chaque fois à une prise de conscience. C’est ainsi qu’il intégra la valeur de l’erreur dans son enseignement et décida de guider l’apprenant vers des prises de consciences successives, tout comme lui scientifique avait échafaudé sa compréhension de l’acte de lire au travers notamment de ses erreurs.

C’est d’ailleurs ainsi que la science a avancé à partir d’observations et de prises de conscience. On fait une hypothèse, on expérimente, on déduit, on confirme ou on cherche plus loin.

Afin de guider l’apprenant vers des prises de conscience successive, cette méthode est fondée sur la géométrie donnant le côté morphologique et l’algèbre donnant le côté dynamique de la langue. Avec « roc », on obtient « cor » par renversement, « soc », par substitution,… On voit bien, dès le début, cette manière de travailler, de jongler en quelque sorte avec un très petit nombre de lettres ouvre à l’élève un champ d’expériences très vaste. De plus, si l’on évite de présenter le mot comme une image fixe, et son renversement comme un accident, il y a toutes les chances pour que la dyslexie ne se présente plus.

Cette méthode permet aussi d’avoir une meilleure orthographe. Car lorsque nous avons saisi le sens, les mots disparaissent, ils doivent disparaître. Lorsque nous parcourons une phrase, nous oublions les mots pour ne retenir que le sens qu’ils transmettent. Ce phénomène ne nous aide donc pas à retenir l’orthographe individuelle de chaque mot. Des techniques complémentaires permettent d’amener l’apprenant à la maîtrise de l’orthographe.

Passons maintenant à la méthode. Il s’agit de guider l’apprenant vers le « permis de lire » de même que l’on donne le permis de conduire à des personnes ayant acquis une certaine capacité à conduire mais ne maîtrisant pas toutes les situations de conduite, sachant cependant s’en débrouiller. Pour le permis de lire, c’est pareil, il s’agit de donner à l’enfant l’impulsion lui permettant de savoir qu’il est capable de lire seul presque tout.

Le choix des sons du premier livret amenant au permis de lire a été fait en fonction de ce critère. Pouvoir lire dans presque toutes les situations. Lorsque le choix est d’utiliser les tableaux pour apprendre à lire plutôt que les livrets N&B, le permis ou certificat de lecteur est donné à l’issue des 2 premiers tableaux. Diverses façons d’aborder l’apprentissage de la lecture sont proposées dans le livre « La lecture en couleurs – Guide du maître » par Caleb Gattegno.

Cette pédagogie fondée sur la logique et ne contenant pas d’exception convient particulièrement bien aux enfants précoces et une école l'utilise avec succès pour les enfants dyslexiques. La couleur, support supplémentaire du son, se révèle un élément déterminant.