Les travaux de Stanislas Deheane

Les travaux de Stanislas Deheane

Stanislas Dehaene[1], psychologuecognitifet neuroscientifiquefrançaisné en 1965, Professeur au Collège de France, membre de l'Académie des sciences, effectue des recherches sur le fonctionnement du cerveau. Ses principaux domaines de recherche concernent les bases cérébrales de l'arithmétique et de la numération, la lectureet la conscience. Il explore ces domaines au moyen d'expériences de psychologie cognitive et par l'imagerie cérébrale (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, magnétoencéphalographie et électroencéphalographie).

Depuis un peu avant 1990, il est possible d'observer en direct et en temps réel l'activité cérébrale dans des zones fines du cortex par IRM notamment. Il est intéressant de constater que les aires du cortex activées par la vue de mots écrits sont localisées aux mêmes emplacements chez tous les individus et dans toutes les cultures, peu importe le type d’écriture et la complexité de la langue : italien, français, anglais,… Ces recherches ont amené Stanislas Dehaene à comprendre les deux processus de lecture utilisé par le cerveau :
  • d’une part, la voie phonologique ou indirecte pour laquelle le cerveau doit exécuter trois sortes d'opération afin de lire un mot : analyser les lettres (les graphèmes), puis les convertir en sons (les phonèmes) et enfin en faire la synthèse pour trouver le mot et son sens. Chacune de ces trois opérations activent une zone distincte du cortex cérébral gauche.
  • d’autre part, la voie directe, lexicale ou orthographique pour laquelle le cerveau effectue l’analyse visuelle du mot puis recherche sa signification dans une sorte de lexique dans la mémoire.

Stanislas Dehaene explique qu’il est illusoire de croire que la lecture globale puisse s’identifier à la voie directe pouvant être utilisée seulement par les lecteurs experts. En lecture globale, l’enfant doit photographier les mots comme une image car il ne sait pas les déchiffrer. Ce n’est pas la même partie du cerveau qui travaille, la zone activée à ce moment là est dans l’hémisphère droit. De même qu’il est invité à aller chercher dans son répertoire d’image, une image identique. Là encore, ce n’est pas une zone de l’hémisphère gauche qui travaille mais de l’hémisphère droit. La voie directe ne consiste pas en une approche globale du mot mais en une analyse très rapide en aller/retour des mots. La démarche est radicalement différente.

Pour Stanislas Dehaene également, l’apprentissage alphabétique est parfaitement en cohérence avec le fonctionnement du cerveau car cette méthode commence par une phase de déchiffrage, qui correspond à la voie phonologique (de l'écrit à la prononciation et au sens). Lorsque cette voie est maîtrisée, commence l'approche de la voie directe, lexicale, orthographique.

Si l’apprentissage alphabétique convient parfaitement au fonctionnement du cerveau, Stanislas Dehaene condamne fermement les méthodes globales qui contrarie complètement le cerveau et empêche ce qu’il appelle le recyclage neuronal. Les neurones n’étant pas conçus pour la lecture puisque celle-ci est récente par rapport à l’origine de l’homme, les neurones se recyclent pour la lecture mais ce n’est pas inné. Le recyclage neuronal est d’autant facilité si l’enfant est jeune, car la plasticité du cerveau, énorme à la naissance, diminue progressivement, sans toutefois disparaître. Pour lui, il est donc plus facile d’apprendre à lire à 6 ans qu’à 12 ans. La progression et la répétition des méthodes alphabétiques permettent le recyclage neuronal, c'est-à-dire la reconversion partielle de la zone du cortex qui va être spécialisée dans la reconnaissance des lettres et des mots. En retour, la lecture modifie favorablement le langage parlé.

Pour Stanislas Dehaene, les activités de "pré-apprentissage" sont indispensable pour un bon apprentissage de la lecture. Cela passe par des exercices de discrimination auditive fine, l’insistance d’une bonne articulation et prononciation des mots, l’enrichissement de la langue par la lecture à haute voix d’histoires, de chansons et de poèmes, des exercices de la vision et des exercices corporels renforçant la maîtrise des gestes et la latéralisation.


[1] Auteur de Les neurones de la lecture (2007).