L'autocorrection

Pour Maria Montessori, l’adulte doit permettre à l’enfant d’être actif dans ses apprentissages, le but ultime étant qu’il puisse se passer complètement de l’adulte. Mais surtout, pour cette doctoresse italienne précurseur d’une nouvelle éducation, il ne faudrait pas que l’adulte loue, punisse ou corrige les erreurs de l’enfant. Beaucoup d’éducateurs estiment que l’on ne peut faire progresser un enfant sans le corriger. Pour elle, la distribution de prix ou de punitions lui enlève l’énergie de se guider pour s’en remettre à la direction continuelle de l’adulte. Maria Montessori cherche à rendre possible et à encourager la spontanéité, et elle constate que les enfants laissés libres dans ses classes sont indifférents, que ce soit aux punitions ou bien aux récompenses. Pour elle, seule l’expérience et l’exercice répété corrigent les erreurs. Un petit enfant qui apprend à marcher, va, incertain, vacille, tombe. Et pourtant, il finit par marcher, car il corrige son erreur en grandissant et en faisant son expérience.

Pour Maria Montessori, l’erreur est partout, rien n’est parfait. Par contre, nous pouvons tendre vers la perfection, et pour cela, l’enfant doit apprendre à être attentif aux fautes, afin de mieux les corriger. Il est donc important de découvrir soi-même les erreurs que l’on commet, afin d’être capable de les contrôler. « Une des plus grandes conquêtes de la liberté psychique, c’est de se rendre compte que nous pouvons en commettre (des erreurs) et que nous pouvons les reconnaître et les contrôler sans l’aide de personne. » « Le contrôle de l’erreur devient un guide qui nous dit si nous sommes sur la bonne voie. » « Quand nous réussissons à suivre ce principe à l’école ou dans la vie pratique, peu importe si la maîtresse ou la mère est parfaite ou non. Les erreurs commises par les adultes ont leur intérêt, et les enfants sympathisent avec eux avec beaucoup de détachement… le fait que tout le monde peut se tromper provoque l’affection : c’est un lien de plus entre mère et enfant. Les erreurs nous rapprochent et renforcent l’amitié : la fraternité naît mieux sur le chemin des erreurs que sur celui de la perfection. »[1]

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Comment l’enfant peut-il se corriger seul ?

Petit, déjà, l’enfant a la possibilité de se corriger seul avec par exemple les encastrements. Lorsque ce n’est pas la bonne pièce, cela ne rentre pas. Avec les encastrements cylindriques, si un ou plusieurs cylindres sont rentrés dans une cavité trop grande, il reste forcément au moins un cylindre à la fin que l’enfant ne peut pas rentrer et qui constitue la démonstration de son erreur. Cela accroît l’intérêt de l’exercice et le fait répéter plusieurs fois. Pour les exercices de « verser », le contrôle de l’erreur se réalise par les graines ou l’eau tombées sur le plateau… Avec le binôme ou le trinôme, si les pièces sont mal disposées, soit la boîte ne ferme pas, soit on ne peut pas séparer les tranches.


Plus tard, en calcul, la preuve de chaque opération peut être réalisée pour vérifier le résultat. De plus, l’enfant a également à sa portée les tables à doigts pour chaque opération. Les tables à doigts servent aussi pour résoudre des problèmes lorsque les tables de multiplication ne sont pas encore connues.

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Plus tard, lorsque l’enfant commence à écrire des mots avec les dictées muettes, il peut se contrôler seul en retournant l’image derrière laquelle le mot est écrit. Pour tous les exercices d’orthographe sous forme de billets, ou les tris de verbes par exemple, l’enfant a, à sa portée, la feuille de correction.

Beaucoup de notions s’apprennent par pochettes, comme la zoologie, la botanique, les inventions, la géographie physique, la géométrie… Dans chaque pochette, il y a des images muettes, des définitions à trou et des billets à placer sous chaque image et sur chaque définition à trou. L’enfant se corrige à l’aide des dépliants ou livrets où l’on retrouve les mêmes images et définitions, mais renseignées.

IMG_2587.jpgAu début de la lecture, l’enfant travaille uniquement avec les images muettes et les billets, les définitions étant introduites plus tard, lorsque la lecture est bien maîtrisée.

Le principe de dessin muet + billet et dessin renseigné peut s’utiliser en science notamment. Par exemple, nous pouvons proposer un support avec un squelette avec les traits de rappel sans les noms + les noms sur des billets + un support avec le même squelette renseigné. Ce genre de support peut se faire avec les muscles, le cœur, l’appareil respiratoire, l’appareil digestif…, le cycle de l’eau, le cycle de l’oxygène…, les reliefs, les cartes de continents, pays, régions…, les fleuves, les rivières…

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Catherine Chemin

[1] L’esprit absorbant de l’enfant de Maria Montessori chez DDB.