Alors, la réussite pour tous, c’est possible ?

Si on en croit Stanislas Deheane, Howard Gardner, Antoine de La Garanderie, Maria Montessori, Elisabeth Nuyts entre autre, il semblerait que oui, mais pas avec n’importe quelle pédagogie ! Nous avons vu que nous fonctionnons tous différemment, que nous n’avons pas tous les mêmes capacités naturelles, les mêmes aptitudes ; pour que chacun puisse réussir, il faut que chacun soit respecté dans son mode de fonctionnement ; il faut donc une pédagogie qui respecte au mieux les différents fonctionnements et qui respecte le rythme de chacun. Nous sommes bien loin, avec le fonctionnement de l’école actuelle, des besoins de la plupart des enfants. Beaucoup de spécialistes reconnaissent que l’école ne convient qu’à 20% des enfants, voire même 5% d’après Elisabeth Nuyts dont nous parlerons plus loin.

Une école voulue égalitaire entre tous semble renier les différences que la nature prodigue. Chaque mode de fonctionnement, ajouté à l’éducation et l’environnement propre à chacun, contribue à construire une multitude de personnalités, ce qui fait la richesse même de la société. Encore faut-il que toutes les personnalités puissent se développer sans entrave.

Pour nous, l’égalité des chances consisterait plutôt à proposer des pédagogies et un rythme d’apprentissage personnalisé qui conviennent à chaque enfant, afin qu’il puisse exploiter au mieux ses capacités, ses besoins et ses envies, que chacun puisse donner le meilleur de lui-même.

Oui, nous sommes tous différents ! Et l’enseignement ne doit ni gommer ces différences, ni les ignorer, mais les connaître, les reconnaître, les comprendre et les respecter afin que chacun puisse réussir.

« Il n'y a pas une méthode unique pour étudier les choses. » Aristote

Expérience d’une classe Montessori en ZEP qui montrent que tous peuvent réussir lorsque les enfants sont respectés dans leurs besoins fondamentaux

Une expérience intéressante a eu lieu entre la rentrée 2011 et juin 2014 à Genevilliers (Seine saint Denis) au sein d‘une école publique en ZEP (zone d’éducation prioritaire) et Plan Violence, avec le soutien de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) : une classe expérimentale (3-6 ans) a été fondée par Céline Alvarez. Elle a expliqué le 14 septembre 2013 à l’événement TEDxIsèreRiver organisé à Grenoble[1] l’importance d’utiliser, en pédagogie, les découvertes des sciences cognitives.

Les sciences cognitives[2], aujourd’hui, ont identifiés quatre facteurs déterminant pour la vitesse et la facilité d’apprentissage : être attentif ; être engagé activement ; recevoir un retour d’information immédiat sur l’action effectuée (le signal d’erreur va permettre au cerveau d’ajuster les hypothèses qu’il est en train d’émettre sur l’action qu’il effectue et c’est le décalage entre la prédiction du cerveau et l’observation qui va créer la surprise et qui va créer l’apprentissage) ; la consolidation (lorsque nous sommes attentif, engagé, et que nous avons des retours d’informations positif sur l’action effectuée nous avons besoin de répéter pour consolider. Et cette répétition va permettre au savoir de s’automatiser).

Céline Alvarez pense que l’école doit se réorganiser de l’intérieur selon ces 4 principes. Ces mécanismes de bases doivent être respectés pour que les enfants puissent s’épanouir au niveau scolaire. De plus, en respectant ces 4 paramètres, les compétences non cognitives - la confiance en soi, l’estime de soi, la capacité d’entraide, de coopération - se développent, sans avoir cherché à les provoquer.

L’inégalité de résultat se creuse entre 0 et 6 ans car, aujourd’hui, l’école maternelle sollicite bien trop peu ces quatre paramètres de l’apprentissage. Actuellement, sur 3 heures de cours, il n’y a en moyenne que 30 minutes, 45 minutes en grande section, de moments dédiés aux apprentissages directs guidés par l’enseignant et l’activité n’est pas choisit par l’enfant, elle est imposée par l’enseignant. Il n’y a pas de décision, de motivation personnelle de la part de l’enfant. Il n’y aura donc que très peu d’attention, et très peu d’engagement. Le signal d’erreur que pourrait recevoir l’enfant va être très pauvre, très insuffisant parce que l’enseignant ne peut pas donner lui seul avec 30 enfants un signal d’information immédiat sur toutes les hypothèses de tous ces petits cerveaux qui vont être en train de travailler. Un enfant à qui l’on a imposé une tâche n’aura qu’une seule envie, surtout à 3 ans, c’est de s’en libérer pour pouvoir aller dans les coins jeux ou bibliothèque. Il n’y aura donc pas de répétition et pas de consolidation.

Par contre, ces 4 principes sont respectés avec la pédagogie de Maria Montessori. Céline Alvarez explique également à quoi est dû la réussite de cette classe en ZEP qui pratique la pédagogie Montessori :

- l’autonomie (ils choisissent librement leur travail, ils sont motivés, ils veulent ce qu’ils font. L’enseignant peut s’occuper des enfants qui ont plus de difficultés) ;
chaque activité proposée réunit les paramètre cités ci-dessus ;
- le contrôle de l’erreur se fait par le matériel, l’enfant cherche à se perfectionner, ce qui renforce l’attention et ce qui se reporte sur les autres formes d’apprentissages. C’est un cercle vertueux ;
- le matériel proposé est sensoriel : les enfants ont besoin de toucher, d’intégrer sensoriellement afin de pouvoir intégrer intellectuellement ;
- les enfants sont mélangés de 3 à 6 ans afin de favoriser l’interaction sociale. L’enseignement devient horizontal, le savoir se partage entre les enfants ;
- il n’y a pas de compétition, de comparaison mais une émulation constante.

Céline Alvarez montre que lorsque ces conditions sont réunies, il est surprenant d'observer avec quel enthousiasme et quelle facilité l'enfant s'approprie naturellement la culture qui s'offre à lui. Les enfant sont calmes, apaisés, heureux de travailler. Lorsque l’enfant a l’opportunité de s’épanouir individuellement, il s’épanouit socialement. Il faut spécifier que dans cette école, des enfants arrivent ne sachant pas parler français et que 60% des enfants de cette ZEP entre habituellement au collège en échec scolaire.

Bilan : 100% des enfants sont entrés dans la lecture en GS dont 90 % maîtrisent la lecture et 90% des enfants de MS sont entrés dans la lecture.

Cette expérience nous montre bien que tous peuvent réussir !

Or, la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) n’a pas reconduit le contrat de 3 ans passé avec Céline Alvarez. Cette expérience n’a donc pas été renouvelée…

A ce stade, nous pouvons déjà comprendre que l’instruction en famille peut permettre et même favoriser l’enseignement individualisé dont chacun a besoin. D’ailleurs, c’est bien la démarche adoptée en général par les familles que d’observer, de guider et d’accompagner l’enfant !

A retenir :

Le fonctionnement cérébral et la pensée peuvent donc être très différentes d’une personnes à une autre suivant :

  • la plus ou moins grande dominante de l’hémisphère gauche ou de l’hémisphère droit ;
  • le besoin de kinesthésie ;
  • la dominante des autres formes d’intelligence
  • si la pensée est arborescente ou linéaire ;
  • si la pensée est en mots uniquement (appelée aussi pensée linguistique ou pensée langagière) ou en images (appelée aussi pensée visuelle) et en mots.

Du fonctionnement spécifique du cerveau aux profils particuliers

Si les formes d’intelligence de chacun peuvent être bien différentes les unes des autres, les modes de fonctionnement dans un sens plus large le sont également et influent sur les personnalités pour former ce que l’on appelle les profils spéciaux.

Nous pouvons déjà comprendre que :

  • la pensée en arborescence, souvent conjuguée à une pensée en images et toujours à une très forte sensibilité forment la particularité de l’enfant appelé de manière inappropriée ‘’précoce’’ qui a de fait un mode de fonctionnement très différent et, surtout, une personnalité très particulière qu’il gardera toute sa vie ;
  • c’est une pensée en image qui entraîne la vraie dyslexie ;
  • c’est une pensée en image associée à une hypersensibilité importante qui caractérise l’autiste asperger ;
  • c’est un mode de fonctionnement cérébral particulier qui entraîne un trouble de l’attention (TDA) avec ou sans hyperactivité (TDAH ou TADHA). Ces particularités sont souvent associées à la pensée en arborescence et à la pensée en images.

Si les enfants sont tous différents dans leur fonctionnement cérébral, nous allons voir dans le chapitre suivant que certains apprentissages entravent le mode de pensée, et que c’est cette entrave qui développe les dysfonctionnements, certaines maladies et génère de la violence.

Il est à noter que Maria Montessori, qui était médecin, ne parle jamais, dans aucun de ses ouvrages, de dyslexie ou de tout autre dysfonctionnement.

Oui, la réussite pour tous, c’est possible !

Catherine Chemin


[1] http://lamaternelledesenfants.wordpress.com/2014/0...

[2] Stanislas Dehaeane, professeur de psychologie cognitive au Collège de France