Pensée en mots et pensée en images

Bibliographie Pensée en images, dyslexie, dys...

La pensée peut être en mots OU en mots et en images.

La pensée en mots uniquement (dialogue interne, se parler à soi-même) est le mode de pensée des linéaires.

La pensée en images est liée à la pensée en arborescence.

Si, au départ, un enfant peut penser uniquement en images, peu à peu la pensée langagière va se construire et se développer avec l’acquisition du langage. Les personnes ayant une pensée verbale dès le départ, peuvent apprendre à se construire des images mentales, mais ce ne sera jamais un film comme pour les personnes ayant une pensée en images innée.

Les personnes qui pensent en images[1] ont une pensée beaucoup plus rapide car c’est un mode de pensée subliminal, plus rapide que la conscience que l’on peut en avoir, nettement plus rapide que la pensée en mots. En effet, la pensée en images est constituée d’idées qui s’assemblent par association, en arborescence, c’est comme un cinéma intérieur qui peut donner cours à une imagination débordante tout en étant ressentie comme réelle. Cette pensée est donc beaucoup plus rapide et précise :

  • Cette pensée est plus rapide car les images défilent à la vitesse de 32 images par seconde alors que la pensée en mots est linéaire et séquentielle comme quand on parle. Elle se déroule selon la même vitesse que les mots exprimés tout haut, soit 150 mots par minute, 200 mots pour un bon speaker à la radio et la limite pour la compréhension est de 250 mots maximum.
  • Cette pensée est plus précise car une seule image peut représenter un concept qui mériterait des milliers de mots pour être décrit verbalement ! Elle est même si rapide que la plupart des dyslexiques ne savent pas que c'est ainsi qu'ils pensent.
  • Cette pensée en images fait aussi que certaines personnes peuvent imaginer en trois dimensions (3D) des objets qu’elles aperçoivent ou d’après des photos ou plans en deux dimensions. Ce qu’elles voient en 3D, elles peuvent même le voir tourner dans leur tête comme si elles tournaient autour de l’objet.

Lorsqu’une personne à la pensée en mots pense au mot ‘’arbre’’, elle peut le voir écrit dans sa tête et l’entendre dans sa tête. Une personne pensant en images voit un arbre réel dans sa tête, elle le voit en couleur et peut le voir de tous les côtés. Elle peut voir des feuilles, des fruits, des oiseaux, une cabane… Les possibilités ne sont limitées que par l’imagination de la personne !

La pensée en images est due a une plus grande activation de l’hémisphère droit du cerveau. Pour Ronald Davis[2], elle est un don particulier qui permet aux personnes de se désorienter.

Ronald Davis affirme[3] : « La fonction mentale qui produit le génie produit aussi la dyslexie. C’est un don au vrai sens du terme : une disposition naturelle, un talent. C’est une faculté spécifique qui accroît le potentiel mental ».

Etre orienté, c’est savoir où l’on est par rapport à son environnement. La désorientation est une fonction naturelle qui se produit lorsque des informations contradictoires arrivent au cerveau. Elle peut se produire chez tout le monde dans certaines situations. Par exemple, si l’on se met à tournoyer une dizaine de fois, lorsqu’on s’arrête, nous avons l’impression pendant quelques secondes de tourner encore alors que nous sommes arrêtés. On ressent une désorientation sous forme de vertige. Si nous sommes dans un train qui s’arrête au moment ou nous regardons un train juste à côté qui démarre, nous ressentons aussi une désorientation. Pendant quelques secondes, nous pouvons penser être dans le train qui avance mais c’est l’autre qui avance alors que le nôtre est arrêté. La désorientation est donc un phénomène qui change les perceptions visuelles car le cerveau n’accepte pas de recevoir des informations contradictoires. Ce qui est perçu n’est pas la réalité, la réalité est donc déformée.

Pour la personne qui pense en images, la désorientation peut être voulue pour se distraire ! Elle peut aussi être subie lorsque des informations arrivant au cerveau ne peuvent être interprétées. Dans tous les cas, les perceptions sensorielles sont modifiées. Ce qui est perçu par le cerveau n’est pas forcément la réalité : cela peut introduire des données erronées dans le cerveau et influer directement sur les apprentissages et sur le développement. Ronald Davis propose des exercices pour arriver à maîtriser la désorientation.

Cette désorientation[4] permet à celui qui pense en images une pensée multidimensionnelle, c’est-à-dire une pensée qui met en œuvre tous les sens : « Lorsqu’une désorientation se produit, le cerveau ne voit plus ce que les yeux regardent mais ce à quoi la personne pense, comme si c’était ce que les yeux étaient réellement en train de voir. Le cerveau n’entend plus ce que les oreilles entendent mais ce que la personne pense comme si c’était ce que les oreilles entendaient. Le corps ne ressent plus ce que ses sens ressentent mais ce que la personne pense, etc. Un des aspects de la pensée multidimensionnelle est la capacité qu’à la personne de vivre ses pensées comme si elles étaient réelles ». Ce processus laisse la place à une grande imagination comme pour le mot ‘’arbre’’ plus haut où la personne peut vraiment visualiser toute une vie autour de cet arbre… Le penseur en images peut intervenir dans son film en tant qu’acteur afin de vivre ou de revivre des situations avec différentes perceptions.

La désorientation peut donc modifier la perception visuelle et peut également modifier l’ouïe, le temps, l’équilibre et le mouvement. Ainsi, ce qui est perçu mentalement comme la réalité ne correspond pas à ce qui se passe réellement.

La désorientation peut être provoquée ou subie

La désorientation peut être provoquée pour se distraire, pour faire face à l’ennui, pour faire face à des situations déconcertantes… Aussi, lorsque la désorientation est provoquée « elle devient leur parade mentale naturelle en cas d’informations sensorielles déroutantes, ainsi qu’une méthode créative pour contourner ces situations ».

La désorientation provoquée permet :

- la capacité d’accéder intentionnellement à la fonction de déformation des perceptions
- la capacité à voir consciemment les images mentales en 3D et à se mouvoir autour d’elles mentalement
- la capacité à vivre ses images mentales comme si elles étaient réelles ou, en d’autres termes, vivre l’imaginaire comme la réalité
- une tendance ou une préférence pour la pensée non verbale qui utilise des images de concepts ou d’idées avec une quasi-absence de monologue interne.
- d’être physiquement quelque part tout en étant ailleurs en esprit.

Lorsque la désorientation est subie, c’est la dyslexie (chapitre suivant).

Ce mode de pensée en images rend performant en stratégies, en entreprises créatives, en activités pratiques, pour ‘’voir’’ des solutions aux problèmes objectifs dans la vie réelle. Elle permet une plus grande perspicacité, une intuition plus développée, une perception multidimensionnelle (en utilisant tous leurs sens), une vive imagination, une plus grande curiosité, une conscience accrue de l’environnement et la capacité de modifier ou créer des perceptions, une capacité à vivre la pensée comme une réalité.Ronald Davis insiste sur le fait que les personnes pensant en images ont une très grande curiosité dès la toute petite enfance qu’il ne faudrait pas entraver, et un besoin créatif beaucoup plus impérieux !Les enfants qui naissent avec ce don particulier de penser en images ont une acquisition du langage plus lente car ils ont du mal à utiliser les mots qu’ils ne peuvent pas se représenter en images dans leur tête. Ils peuvent donc acquérir une pensée verbale plus tardivement que les autres. Il leur est difficile d’expliquer leur pensée, car celle-ci va bien plus vite que le débit des mots qui peuvent être tronqués. Adultes, ils ont en général plus de difficulté pour raisonner tout haut, en mots, de façon linéaire, point par point.

Ce sont des enfants qui parlent un peu plus tard ou vraiment plus tard que la moyenne. Leur langage est mal cons­titué, les formulations imprécises et pauvres en vocabulaire. Ils peuvent avoir des trou­bles de l’évocation (ils cherchent leurs mots) ou de l’idéation (difficul­tés de formulation et d’enchaîne­ment des idées). Ils peuvent aussi dessiner ce qu’ils veulent écrire.

Ce sont ces enfants qui pensent uniquement en images et dont le langage se met en place plus lentement qui peuvent devenir dyslexiques, notamment à cause d’apprentissages inappropriés.
La dyslexie n’est pas un problème neurologique car un enfant ou une personne souffrant de handicaps liés à la dyslexie peut être rééduqué et ne plus en souffrir tout en gardant les dons liés à la pensée en images. La dyslexie touche toutes les familles quels que soient leur milieu et leur situation géographique. Pour Ronald Davis, les personnes pensant en images peuvent cumuler des symptômes de dyslexie avec des symptômes de TDA avec ou sans hyperactivité, des problèmes en arithmétique, en orthographe et/ou en graphisme et/ou la dyspraxie. Ils ont souvent du mal avec les langues étrangères. Les dyslexiques trouvent, comme les zèbres, les bons résultats en mathématiques grâce à leur intuition, mais n’arrivent pas à les expliquer.

Le neurologue Michel Habib, soutient que le cerveau du dyslexique souffre d'une dysfonction des aires corticales du langage, ce qui n’est pas contradictoire avec la théorie de Davis. Au contraire puisqu’il est également reconnu que le dyslexique a d’autres parties du cerveau qui s’activent pour la lecture. Ce n’est pas une anomalie mais un fonctionnement différent. Puisque l’enfant qui peut devenir dyslexique pense au départ en images, il est logique que, petit, les zones du langage travaillent bien moins. En faisant travailler l’enfant sur le langage, sa pensée langagière se met en place et les zones du langage s’activent. Si des neurologues observent que la zone langagière de l’enfant qui peut devenir dyslexique ne s’active jamais autant que pour une autre personne, cela s’explique par le fait que celui qui pense en images au départ et se met à penser également en mots en construisant sa pensée langagière, continue de penser en images ! Donc, si cette personne utilise moins les mots, elle utilise les mots ET les images pour une pensée vraiment très active mais différente !

Nous avons vu également dans la première partie sur le fonctionnement du cerveau que Michel Habib explique que les enfants "précoces’’ peuvent avoir un fonctionnement homogène entre les deux hémisphères ou avoir un fonctionnement hétérogène entre les deux hémisphères en faisant davantage appel à l’hémisphère droit. Ce sont ces derniers qui sont portés à avoir des difficultés d’apprentissage et à devenir dys alors qu’ils ont des similitudes de fonctionnement comme l’activation plus importantes des zones frontale et pariétale du cerveau. Ces observations cliniques ne sont pas non plus contradictoires avec la théorie de Davis puisque nous avons observé que les enfants sujets à la dyslexie et donc penseurs en images ont le même genre de personnalité que les zèbres/surdoués. Normal, ils pensent aussi en arborescence et sont également hypersensibles !

Béatrice Sauvageot[5], orthophoniste formée aux neurosciences, dirige un centre pédagogique et thérapeutique pour les dyslexiques et les dysorthographiques. Elle partage l’idée que les enfants devenant dyslexiques pensent en images. Elle nous décrit ces enfants comme des enfants très doués dans certains domaines comme le scientifique car ils veulent toujours tout comprendre. Ils ont besoin de travail corporel et artistique et ont des capacités pour cela. Ils ont des difficultés dans le temps, sont souvent en retard, oublient souvent quelque chose, ont du mal à appliquer une consigne. Ils sont multitâches dans le sens où ils ont besoin de faire autre chose pour pouvoir se concentrer sur un travail : écouter de la musique, tripoter un crayon… Les dyslexiques sont capables d’écrire correctement à certains moments et à d’autres non. Ils comprennent très bien les règles mais ne les appliquent pas forcément.

Elle nous donne cet exemple pour nous faire comprendre ce qui se passe dans la tête d’un enfant pensant en images et dyslexique (11 ans) : un enfant arrive avec sa mère et demande à Béatrice de l’aider à faire un exercice ‘’drammatical’’. L’enfant associe dans sa tête le drame d’un exercice de grammaire. Il doit apprendre le futur. Sur l’invitation de Béatrice, il choisit le verbe ‘’mourir’’ et choisit la personne ‘’je’’. Béatrice lui demande alors comment il dirait mourir au futur avec je. L’enfant dit : « je vais mourir un jour ». La mère se décompose… Béatrice demande : « pourquoi tu dis ça ? ». L’enfant répond : « Je sais bien que c’est je mourrai mais ‘’je mourrai’’ ça veut dire que je mourrai tout de suite ! Alors que je veux mourir un jour, je veux mourir dans très longtemps ». Le dys adapte sa pensée. « Et au passé, comment tu dirais ? » « Nous sommes tous morts » « Ah ! Pourquoi nous ? » « Car si je meurs, tout le monde meurt avec moi ! Est-ce que tu t’imagines que le monde va exister quand tu seras morte ? »

« Les dyslexiques ont tous un style très particulier qui est reconnaissable. Ce sont des gens qui écrivent des merveilles parce que les portes de la communication étant fermées en permanence, lorsqu’elles s’ouvrent, c’est un véritable miracle qui se produit. Ils trouvent des mots, ils trouvent des façons de dire qui sont très liées à la sensation et à l’émotion et qui touchent beaucoup le lecteur qui n’est pas dyslexique ».

Le mode de pensée en images, la désorientation volontaire et une très grande curiosité sont à l’origine d’une grande créativité.
La plus grande force de la créativité est la curiosité, plus importante que la connaissance !
Sans curiosité, pas de créativité et pas d’inventions ! R.Davis

Dyslexiques célèbres :

Albert Einstein 1879-1955 : il a dit lui-même qu’il pensait à l’aide d’images mentales. Il a eu beaucoup de difficulté avec le langage, il avait peu de mémoire pour les mots, avait besoin de beaucoup de temps d'assimilation en particulier avec les tables de multiplication et le calcul arithmétique, il trouvait toujours des méthodes astucieuses pour résoudre les problèmes complexes (malgré des erreurs de calcul). Pour élaborer la théorie de la relativité, Albert Einstein utilisa au maximum ses capacités à déplacer son imaginationen se demandant ce qui se passerait s'il voyageait au bout d'un rayon lumineux. Il a d’abord compris avec son imagination (apanage du cerveau droit) avant de traduire ce qu’il avait compris en mots et équations (apanage du cerveau gauche).

Thomas Edison 1847-1931 : « Mon père me disait stupide, et j'ai presque décidé que je devais être un cancre ». Son instituteur affirmait : « Il alterne entre voyager par l'imaginaire vers des mondes lointains et mettre son corps en mouvement perpétuel sur son siège ».

Léonard de Vinci 1452-1519 : il était gaucher et écrivait aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche avec une écriture phonétique. Certains de ses écrits se lisent dans un miroir. Il avait beaucoup de difficulté avec les mots irréguliers et faisait des erreurs en recopiant des textes. Il a utilisé son imagination pour inventer des véhicules et appareils plusieurs siècles avant leur fabrication.

Winston Churchill 1874-1965 : il a eu beaucoup de difficultés scolaires, des défauts de prononciation et n’a jamais maîtrisé les mathématiques scolaires. Il était très facilement distrait par les bruits.

Henry Ford 1863-1947 : il a eu beaucoup de difficulté avec la lecture tout en étant très doué pour effectuer des réparations de toutes sortes. C'est grâce à l’imagination qu’il a pu inventer les premières chaînes de fabrication de voitures.

Pour Ronald Davis, tous ces gens ne sont pas des génies malgré leur dyslexie, mais grâce à leur dyslexie !
Ce genre de cerveau n’est ni une anomalie, ni une maladie, ni un handicap.
C’est simplement un mode de fonctionnement différent de la moyenne !

Catherine Chemin


[1]

[2] Fondateur du Reading Research Council et directeur du Dylexia correction Center, Ronald Davis est l’auteur de Le Don de dyslexie et Le Don d’apprendre

[3] Le don de dyslexie page 23

[4] Chapitre travaux de Ronald Davis

[5] http://www.youtube.com/user/BeatriceSauvageot