3 – 6 ans : construction de la confiance en soi

Bibliographie Pédagogues et pédagogies
La période de 3-6 ans est aussi une période très importante. L’enfant passe du « je » au « nous ». C’est l’embryon social. Elle correspond à des périodes sensibles dont celle du langage qui a déjà commencé, mais qui se développe le plus ici pour s’achever vers 7 ans. Maria Montessori, suite à son expérience avec les enfants défavorisés du quartier de San Lorenzo, a une conception de cette période radicalement opposée à celle de l’Instruction publique de l’époque (qui n’a guère changée).

Au cours de cette période, l’enfant continue à développer ses différents sens et les coordinations et précision des gestes à travers le matériel sensoriel et de vie pratique qui lui est proposé : les cadres à petit boutons, à boutons pression, à fermeture éclair blouson, les versés d’eau avec un entonnoir entre une grande bouteille et plusieurs petites, les graduations de température, les boites à bruits (graduation du son) puis les clochettes… Par les sens, l’enfant développe son intelligence. Avec ce matériel, l’enfant se prépare également indirectement à l’écriture. En effet, il apprend à toucher de gauche à droite, de bas en haut et en faisant des cercles dans le sens antihoraire.

Après avoir absorbé le langage de son environnement les deux premières années de sa vie, nous avons vu que l’enfant commence à s’exprimer vers 2 ans. A partir de 3 ans, le langage se met vraiment en place dans la tête de l’enfant, que ce soit le vocabulaire, la grammaire, les inflexions ou la syntaxe. Si un enfant de moins de 7 ans va dans un pays étranger, il est capable d’assimiler parfaitement la langue de ce pays.

Les enfants des écoles Montessori ont généralement envie d’apprendre à écrire dès 3 ans 1/2, car l’apprentissage de l’écriture fait partie de la période sensible du langage puisque c’est la représentation graphique de ce même langage. En effet, avec sa pédagogie, l’enfant découvre le son des lettres en les touchant et sans avoir besoin de les écrire. Au début, Maria Montessori les présentait une à une, sans aucun effet. Un jour, elle fait graver en creux dans du bois les lettres, et laisse les enfants suivre ces creux avec leurs doigts. Elle s’aperçu que les enfants les reconnurent immédiatement. « Ainsi ai-je réalisé que le sens du toucher était d’une grande aide aux enfants pas encore complètement développés »[41]. « C’était surprenant, cependant facile à expliquer. Les lettres étaient un stimulus qui illustrait le langage déjà présent dans l’esprit de l’enfant et l’aidaient à analyser ses propres mots. Quand un enfant savait seulement quelques lettres, s’il pensait à un nom qui avait d’autres sons que ceux qu’il savait représenter, il lui était naturel de les demander. Il avait un besoin intérieur d’augmenter ses connaissances et il se promenait s’épelant à lui-même les mots qu’il savait utiliser dans le langage. Peu importait la longueur et la difficulté du mot, l’enfant pouvait le représenter après une seule dictée de la maîtresse… La maîtresse disait un mot rapidement en passant et, en revenant, elle voyait qu’il l’avait écrit avec les lettres mobiles… Manifestement tout cela était dû à une période de sensibilité spécifique ; l’esprit, à cet âge, est comme une cire molle susceptible d’impressions qui ne pourront pas le marquer plus tard, quand cette malléabilité spécifique aura disparu… En prenant conscience de la formation du mot à partir de ses sons, l’enfant l’avait analysé et reproduit extérieurement au moyen de l’alphabet mobile »[42].

Maria Montessori connut alors, dans ses écoles, l’explosion de l’écriture sans avoir recours à des livres. Les journalistes commencèrent à parler de ce phénomène extraordinaire, mais « les psychologues étaient certains qu’il s’agissait là d’enfants spécialement doués. Pendant quelques temps, j’ai partagé cette opinion mais d’autres expériences, plus étendues, prouvèrent bientôt que tous les enfants possédaient ces pouvoirs et que les plus précieuses années étaient gâchées, et le développement grandement contrecarré par l’idée fausse que l’éducation n’était possible qu’après six ans »[43]. Dans cette ambiance, l’enfant n’écrit pas par obéissance à l’adulte, mais par « obéissance enthousiaste à ses impulsions ». Si au début, ces enfants écrivent avec l’alphabet mobile, ils se mettent rapidement à écrire au crayon, et ont tous une belle écriture car, par le toucher des lettres avec le doigt, les formes se sont fixées dans leur mémoire musculaire. A ce stade, les enfants ne savent pas encore lire. Ils savent analyser les sons des mots dans leur esprit et les reproduire, car chaque lettre est associée à un son dans leur cerveau. Pour Maria Montessori, cela correspond à la période sensible du langage qui s’exprime sous une autre forme. C’est une simple transcription en signes graphiques du langage que l’enfant possède déjà. Les enfants apprennent à lire seuls quelques mois après l’explosion de l’écriture. Maria Montessori ne propose toujours pas de livres, mais donne des mots à lire et à placer devant l’objet correspondant afin de donner du sens au mot lu, puis des petites phrases qui sont des actions à réaliser. Ainsi, l’enfant prend l’habitude d’associer le sens à la lecture. Elle introduit aussi très rapidement la grammaire qui est active, facile et intéressante.

Cette méthode, conçu pour l’italien, est plus facile que pour le français car l’italien a 21 sons simples. Toutes les lettres sont lues et entendues. En français, il y a de nombreux sons complexes composé de plusieurs lettres, des lettres muettes… ce qui complique un petit peu.

Pour Maria Montessori, les mathématiques se déclinent sous trois points de vue :1 – Arithmétique : la science du nombre2 - Algèbre : l’abstraction du nombre3 – Géométrie : l’abstraction de l’abstraction

Maria Montessori a conçu sa pédagogie en laissant ces trois points liés. Les enfants aiment l’étude des nombres et leur disposition géométrique. Mais, ce qu’elle n’a pas compris au départ, c’est le manque d’attrait des enfants pour les opérations. Elle finit par comprendre en abordant le système décimal avec les plus grands que cela venait du fait qu’elle n’avait abordé que les dix premiers nombres. Lorsqu’elle aborde le système décimal et les opérations à grands nombres avec les petits, ceux-ci sont tout de suite très enthousiastes, et elle introduit de suite l’algèbre et la géométrie. Maria Montessori découvre que l’enfant n’aime pas les limites. Les petits aiment faire, par exemple, des opérations avec des nombres énormes ; activités qu’ils se donnent eux-mêmes ! Elle a souvent pu remarquer que les enfants de 5/6 ans peuvent avoir une vivacité mentale supérieure à l’adulte.

« Aussi pouvons-nous seulement déduire que, de très bonne heure, il y a une prédisposition spéciale aux mathématiques. Nous observons que les actions qui soulèvent en l’enfant non seulement de l’intérêt, mais même de l’enthousiasme, sont celles qui réclament de sa part la plus grande exactitude : plus c’est compliqué, plus grand est son enthousiasme. Cette exactitude ne se remarque pas seulement dans le mouvement, dans la manipulation exacte que requiert un exercice, mais aussi dans l’étude d’une fleur ou d’un insecte. Il y a une prédisposition à l’exactitude et au détail, qui peut être dirigée vers les détails des quantités. L’arithmétique est une sorte d’abstraction, et par conséquent amène cette exactitude au niveau abstrait. L’enfant, partant du matériel, passe au nombre abstrait et de là, au stade encore plus abstrait de l’algèbre ; il travaille avec exactitude dans ces trois secteurs, matériel, abstrait et algébrique, fasciné de pouvoir jouer concrètement le ‘’jeu des unités’’. Pour arriver à cette conclusion, nous sommes aidés par le grand philosophe et physicien Pascal : plongé dans le nombre et la quantité, il affirmait que l’esprit humain a comme caractéristique d’être mathématique et que cette qualité mentale est la voie du progrès. Cette affirmation soulève généralement l’hilarité, car l’expérience pratique des maîtres ordinaires semble montrer que, de tous les sujets, les mathématiques sont ce qui répugne le plus à l’esprit humain. Et maintenant, ce sont les jeunes enfants qui prouvent que Pascal a raison !... Pour accomplir cela, il est nécessaire d’être exactement conscient de ces choses, et de se centrer sur un champ d’exactitude. Il y a trois cents ans que Pascal a découvert que cette qualité d’exactitude était une caractéristique fondamentale de l’esprit humain »[44].

Pour Maria Montessori, ce n’est que la suite logique de ce qui a précédé, car l’enfant, à cette période, a toujours cette faculté particulière qui lui est propre. A partir du moment où l’on permet que l’enfant puisse vivre « normalement », il peut réellement se révéler, ce qui ne peut pas se réaliser avec un autre mode d’éducation. Le mode d’éducation que Maria Montessori prône consiste à préparer une ambiance à l’enfant adaptée à ses besoins psychiques, en lui proposant du matériel à manipuler qui, par lui-même, transmet la culture. En effet, elle insiste énormément sur le fait que l’enfant a besoin de l’environnement pour « recueillir les moyens nécessaires à son développement ; et c’est seulement quand cette ambiance est favorable et que les obstacles sont réduits au minimum, que l’enfant fonctionne pleinement et qu’il révèle ses caractères cachés ». Le premier principe est de présenter individuellement à l’enfant un matériel qui se substitue à l’enseignement verbal. Un matériel est proposé pour l’acquisition des différentes notions dans chaque discipline en isolant chaque difficulté. Ce matériel représente concrètement la notion et met l’enfant directement en contact avec la réalité, ce qui l’invite à activer son raisonnement et son intuition en le conduisant vers la découverte. Cela engendre de l’enthousiasme et de la concentration, tout en préservant l’interruption et la critique. La liberté de choisir son travail permet également à l’enfant d’utiliser au mieux ces ressources particulières. De plus, cette conception du travail préserve l’enfant des émotions qui peuvent être engendrées par sa relation avec le maître ou ses camarades, que ce soit par intimidation, attention forcée, menace de punition, louanges, admiration ou attachement au maître, rivalités, esprit de compétition, répugnance, colère, voire haine.

Dès les débuts des premières Maisons des Enfants, les petits se sont mis à travailler non seulement avec attention, mais avec une concentration qui semblait les extraire du monde extérieur. Le travail accompli les rendait vigoureux et sereins, alors que le travail dans une école classique les laisse fatigués et agités. « L’ordre et la discipline étaient réalisés avec une exactitude qui atteignait la perfection »[45]. La maîtresse n’en avait pas le mérite, seul l’environnement ! Elle était plutôt passive et pouvait même quitter la classe sans que le travail s’interrompe. D’ailleurs, au début, Maria Montessori préférait travailler avec les femmes de ménages plutôt que des institutrices qui n’arrivaient pas, en général, à rester observatrices.

« Voilà donc que le travail est non seulement compatible avec le bien-être, mais qu’il est indispensable au développement de la personnalité ! Et quand, par la suite, la liberté et la discipline se développent ensemble, l’une inséparable de l’autre, résultat et contrôle l’une de l’autre, il n’est pas seulement possible, mais nécessaire et naturel d’allier discipline et liberté ».[46] « Je me souviens d’un membre du gouvernement qui, sans trop réfléchir à la spontanéité de ces comportements, m’avait dit : ‘’Vous avez résolu un grand problème : vous avez réussi à unir discipline et liberté. Et ce problème, bien plus que la direction des écoles, concerne le gouvernement des nations ! ‘’… N’aurait-il pas été plus juste de dire : ‘’Etudions donc ces phénomènes ! Travaillons ensemble pour pénétrer les secrets du psychisme humain !’’ Mais qu’à l’intérieur de l’âme de l’enfant nous puissions découvrir quelque chose de nouveau et d’utile pour tous, un éclairage intéressant sur des réalités obscures de la conduite humaine, cela personne n’était à même de l’admettre et de le comprendre ».[47]

Pourtant, déjà, des phénomènes semblables avaient eu lieu avec Pestalozzi à l’école de Stanz et Tolstoï avec des petits paysans d’Iasnaïa Poliana. Mais si ces phénomènes restent rares, c’est que« dans le champ psychique, les caractères tendent à se cacher et à se masquer devant chaque obstacle extérieur ; et dans ce jeu entre le conscient et le subconscient, que la psychanalyse explique si bien, un fait réel peut surgir et disparaître ». Maria Montessori pense avoir permis que l’âme humaine se libère dans ses Maisons des Enfants.

Maria Montessori a très souvent observé ce phénomène : les enfants arrivent le matin, commencent par un travail facile, souvent un travail domestique, puis ils choisissent un matériel pédagogique qu’ils connaissent bien et le refont plusieurs fois. Ensuite, ils paraissent dubitatifs et fatigués, s’excitent un peu. Si la maîtresse n’est pas expérimentée, elle en conclura que les enfants sont lassés et fatigués, et leur proposera de faire un tour au jardin où ils se mettront à courir dans tous les sens. En rentrant, ils seront encore plus agités qu’avant et seront incapables de fixer leur attention sur un travail. Ces maîtresses tirent une mauvaise conclusion et apporte une mauvaise solution en intervenant. « Si, au contraire, la maîtresse respecte la liberté de l’enfant et a confiance en lui, si elle a la force de volonté d’oublier un instant tout ce qu’elle a appris qui encombre son cerveau, si elle est suffisamment modeste pour ne pas considérer son intervention comme nécessaire, et si, pour finir, elle sait attendre patiemment, elle observera bientôt un changement radical chez l’enfant. Il est excité tant qu’il cherche quelque chose au plus profond de sa conscience et qu’il ne s’est pas encore trouvé ». L’adulte doit attendre avec confiance. Ainsi, l’âme de l’enfant s’ouvre, et il augmente son désir d’entrer en contact avec son environnement. Là, il devient capable d’aller vers sa maîtresse pour rechercher son aide. Alors qu’un adulte ne peut arriver à faire apprendre quelque chose à un enfant moralement affaibli et mal nourri, ou alors, ce sera imparfait. Pour permettre que ce moment de concentration arrive, il est impératif que l’enfant puisse choisir son acti­vité et travailler seul, sans que l’in­tervention de l’adulte le gêne et le déconcentre.

Un jour, après avoir travaillé avec le matériel facile, il va en commencer un plus difficile jusqu’à y consacrer toute son attention, en faisant une abstraction complète de ce qui l’entoure. Pour elle, c’est la voie de la vie qui va pousser l’enfant vers ce matériel, qui ne sera donc pas le même que pour un autre enfant. Lorsqu’il s’arrête enfin, il est calme et reposé ! Il devient ordonné. Il est « rayonnant et donne l’impression d’un profond repos : l’enfant semble mû par une force nouvelle, comme si un torrent d’é­nergie venait de le ranimer. » « Après ce travail concentré, les enfants, ont toujours l’air reposé et semblent intimement réconfortés. On dirait presque que dans leur esprit s’est ouvert un chemin pour les énergies latentes, révélant le meilleur côté de leur caractère. Dès lors, ils sont aimables avec tout le monde, ils s’évertuent à ai­der les autres et sont très désireux d’être sages ». « C’est pourquoi il faut d’abord être fort et avoir atteint l’équilibre de l’esprit pour pouvoir obéir… un esprit fort sera obéis­sant et saura s’adapter à tout. Il s’agit donc de donner à l’enfant la possibilité de se développer tran­quillement selon les lois de sa na­ture. De cette manière il va se for­tifier, et une fois fort, il fera bien plus que nous n’osions espérer » « Nous nous sommes occupés de lui procurer ce qu’il lui fallait. Dé­sormais, il nous faut apprendre à nous maîtriser, nous tenir à l’écart, le suivre presque, à distance, sans le fatiguer avec notre intervention, mais sans pour autant jamais l’a­bandonner. Nous le verrons pres­que toujours serein, se suffire à lui-même tant qu’il sera occupé par un travail qui lui semble sérieux. Qu’est-ce qu’il nous reste à faire de notre côté, si ce n’est de l’ob­server ? »

Plus la capacité de concentration augmente, plus l’enfant est serein dans son travail, plus il est discipliné, plus il devient maître de lui-même et est sur la voie du développement psychique naturel. Il fait preuve d’une grande patience et devient capable d’observer tout ce qui est autour de lui, dans les moindres détails, et fait de nombreuses découvertes. Il est dénué de jalousie et d’esprit de compétition et, au contraire, est porté à l’aide mutuelle. Il n’a nul besoin de récompense ou de punition.

Maria Montessori affirme que l’enfant atteint une autodiscipline spontanée : la première étape est de permettre à l’enfant un fonctionnement qui suit l’ordre voulu par la nature grâce à l’environnement, alors, il se normalise et devient capable de grandes choses. Un enfant que l’on empêche de suivre l’ordre naturel se met à dévier. Lorsque l’enfant dévie, c’est là qu’il peut devenir ce que l’adulte nomme « capricieux ». Il ne peut faire ce dont il a besoin à causes d’obstacles qui se dressent devant lui et a besoin de guérir pour retrouver l’ordre naturel. Pour elle, c’est ce que recherche les psychanalystes, aider la personne à se normaliser, afin qu’elle puisse agir conformément à sa nature. Elle est persuadée qu’il ne sert à rien de vouloir corriger un enfant, et chercher à supprimer ses défauts. Ce dont il a besoin est de trouver dans son environnement des centres d’intérêt nouveaux qui agrandissent son horizon. « La jalousie et la compétition sont le signe d’un développement mental insuffisant »[48]. L’enfant est sous-alimenté mentalement. Il faut « l’inviter à conquérir l’illimité au lieu de réprimer son désir d’obtenir ce que ses voisins possèdent »[49].

Maria Montessori, qui, je le rappelle, s’est occupé d’enfants dits débiles et a réussi à faire passer le certificat d’étude à certains, reste optimiste : « Un problème particulier à l’éducation est de savoir comment aider ces enfants dégénérés à guérir leurs régressions qui retardent leur développement normal ou sont la cause de déviations. Puisqu’un tel enfant n’aime pas son environnement et trouve que les obstacles à sa conquête sont trop difficiles à surmonter, la première chose à faire est de diminuer les obstacles, et puis, de rendre l’ambiance attrayante. Puis il faut donner à l’enfant une activité agréable, quelque chose d’intéressant à faire, en l’invitant à pousser plus loin ses expériences. Graduellement le désir de paresser peut faire place chez l’enfant à un intérêt qui éveille un désir de travailler, d’apathique il peut devenir actif, passer de cet état de frayeur – qui souvent se traduit en attachement si fort qu’il résiste à toute séparation – à une liberté joyeuse et ainsi partir à la conquête de la vie »[50].

Maria Montessori souligne encore cette constatation assez incroyable « Sur l’importante question de la fatigue, des faits frappants se sont révélés chez l’enfant de moins de 6 ans. Dans les écoles ordinaires, l’enfant se fatigue vite et l’instruction devient difficile ; c’est pourquoi il a semblé cruel de la commencer à cet âge ; les parents pleins d’amour ne veulent pas que leurs petits fassent autre chose que jouer et dormir. Mais il ne manque pas de signes qui montrent que les enfants eux-mêmes s’ennuient profondément de ce programme, et réagissent vigoureusement par toutes sortes de bêtises. L’expérience avec nos enfants de trois à six ans, et même plus jeunes, a montré que non seulement ce n’est pas une fatigue d’apprendre à cet âge, mais que les enfants deviennent effectivement plus forts. Un travail n’est pas forcément cause de fatigue. Par exemple, nous faisons beaucoup de travail avec nos mâchoires, nos dents, notre langue quand nous mangeons et le résultat de ce travail est un renouvellement d’énergie. C’est aussi un besoin naturel que d’exercer nos muscles pour les fortifier. C’est la même chose avec les enfants pour leur développement mental. Non seulement ils semblent infatigables mais, par l’activité intellectuelle, ils acquièrent force et santé. La nature prédispose le jeune enfant à recevoir la culture, mais la société l’abandonne sur le plan mental au moment de cette période sensible par son régime de jeux et de sommeil. Il ne peut s’empêcher d’absorber ou d’être actif, mais s’il n’y a rien à absorber, il faut qu’il se contente de jouets »[51].

« Quand on leur donne le matériel Montessori, les enfants le prennent avec une telle impétuosité qu’on l’a considéré jusqu’ici comme fantastique. Ces esprits sous-alimentés, qui on été jetés dans un milieu qu’ils ne peuvent, livrés à eux-mêmes, ni comprendre ni maîtriser, si on leur donne le moyen d’acquérir cette maîtrise, ils se précipitent dessus comme des lions affamés, et dévorent tout ce qui peut les aider à survivre et à s’adapter à la civilisation contemporaine »[52]. Ce qui stimule l’enfant, c’est la satisfaction du travail accompli. Maria Montessori observe que la confiance en soi et la maîtrise de soi sont les signes extérieurs d’un bon équilibre intérieur.

Catherine Chemin


[41]Education pour un monde nouveau- 1943

[42]Education pour un monde nouveau- 1943

[43]Education pour un monde nouveau- 1943

[44]Education pour un monde nouveau- 1943

[45]La Formation de l’Homme - 1949

[46]La Formation de l’Homme - 1949

[47]La Formation de l’Homme - 1949

[48] La Formation de l’Homme - 1949

[49] La Formation de l’Homme - 1949

[50]Education pour un monde nouveau- 1943

[51]Education pour un monde nouveau- 1943

[52]Education pour un monde nouveau- 1943